Interview avec Pierre-Gabriel, commissaire de piste à Monaco !

Depuis quand êtes-vous commissaire de piste à Monaco et seriez-vous tenté de vous essayer sur un autre circuit ?
"Je suis devenu commissaire de piste lors de la saison 2019. J'ai donc participé à 3 GP de F1, 2 GP de F1 Historiques et 3 E-prix. Participer à un GP est à chaque fois un grand honneur et pouvoir le faire sur d'autres circuits que celui de Monaco serait un énorme plaisir. Malheureusement, en étant bénévole lors de ces week-ends, il m'est pour le moment difficile de me déplacer sur d'autres circuits mais c'est dans mes projets. J'aimerais prendre part au GP de France au Paul Ricard, aux 24 heures du Mans dans la Sarthe, ou mon rêve ultime, au GP de Singapour. Pouvoir officier
sur un circuit urbain de nuit doit être une expérience formidable."

Quelle est la démarche à faire pour devenir commissaire ?
"Pour devenir commissaire de piste à Monaco il faut répondre à certaines conditions. Avoir entre 18 et 40 ans, faire 1m60 au minimum et habiter près de la principauté. Toutes les conditions sont disponibles ici). Si l'on remplit les conditions, il suffit de faire une demande de participation aux épreuves. A la suite de celle-ci, les nouveaux sélectionnés sont conviés à une réunion de présentation du poste de commissaire de piste. Leurs droits et devoirs lors des
différentes épreuves qui arriveront dans l'année leurs sont expliqués. Suite à cette réunion une nouvelle sélection est faite et vient ensuite ce qui fait la caractéristique des commissaires de piste de Monaco : le stage."

Comment se passent les entrainements ? Est-ce qu’il y a des critères de sélection ?
"Chaque commissaire de piste de Monaco doit participer à un stage de deux jours où il apprendra tous les gestes à faire (et ne surtout pas faire) dans tous les domaines. Passer un rail de manière sécurisée, intervenir sur une voiture, faire face aux risques électriques, éteindre un feu (grâce à une formation donnée par les sapeurs pompiers de Monaco) et utiliser les drapeaux. Qu'importe votre rôle aux sein de votre commando (intervention, feu ou signaleur) il faut savoir
tout faire et le faire parfaitement. A la suite du stage vient l'ultime épreuve : le parcours gazelle. C'est une sorte de parcours du combattant qu'il faut réaliser dans un temps imparti. Si le commandement de l'Automobile Club de Monaco vous déclare apte, vous êtes affecté à un poste autour du circuit. Ce stage est à réaliser tous les ans par tous les commissaires mais ne dure qu'une journée pour les commissaires déjà en poste. Cela permet se remettre les gestes dans la tête, travailler la cohésion d'équipe avec son commando mais aussi d'apprendre les nouvelles réglementations FIA."

Est-ce qu’il y a un organigramme parmi les commissaires de piste et quelle est votre place dans celui-ci ?
"Sur chaque poste autour du circuit se trouve un chef de poste. C'est lui qui indique les interventions à faire lors d'incidents car il est en relation radio avec la direction de course. On retrouve ensuite des commissaires intervention chargés d'agir sur la piste, des commissaires feu chargés d'éteindre les incendies et les commissaires signaleurs chargés d'indiquer les dangers sur la piste en agitant des drapeaux. C'est cette dernière opération dont je suis chargé depuis 2019 au Poste 14 (entrée piscine)."

Comment le poste de commissaire et ses techniques ont-t'ils évolué au fil des années ?
"Dès la 1ère édition du GP de Monaco en 1929 des commissaires recrutés sur base du volontariat œuvraient en bord de piste avec un brassard noir comme simple signe distinctif. C'est en 1972 que Maître Michel Boeri (actuel Président de l'Automobile Club de Monaco) décide de la création d'un corps de commissaires de piste formés. A cette époque la sécurité en F1 était très loin de celle d'aujourd'hui et les commissaires intervenaient sur la piste tandis que les participants roulaient toujours à pleine vitesse (car pas de voitures de sécurité à cette époque). Passant d'un brassard noir à une chasuble orange puis à une combinaison intégrale, nous arborons aujourd'hui une tenue nous permettant d'être en sécurité en bord de piste. Combinaison ignifugée, casque avec visière, chaussures de sécurité, gants et cagoule pour certains. La sécurité autour du circuit à aussi beaucoup changé avec les barrières et grillages. Etant donné que les voitures évoluent, les techniques d'intervention ont aussi évoluées. On ne s'occupe pas d'une voiture de 1930 de la même manière que les voitures actuelles. Les gabarits ont changé, nos outils aussi. Nous devons aujourd'hui faire face aux risques électriques en FE et F1 en portant des gants spéciaux et en visualisant certains signaux lumineux sur la voiture. Une intervention lors du GP de Monaco est très encadrée. Chaque commissaire à un rôle défini à l'avance qu'il maîtrise parfaitement. Du commissaire signaleur qui agite le drapeau ou allume le panneau lumineux au commissaire chargé d'évacuer la voiture jusqu'au commissaire feu toujours aux aguets en cas de début d'incendie."

Est-ce qu’il vous arrive souvent d’entendre que vous êtes «les meilleurs du monde» et quel effet ça fait ?
"On l'entend très souvent par beaucoup de personnes différentes. Des pilotes, des personnes proches de la F1 comme Julien Fébreau ou ses homologues, des spectateurs, toutes ces personnes nous remercient et nous félicitent souvent pour notre travail en bord de piste. La FIA elle-même nous a encore récompensé en nous désignant «Best team officials of the year 2021». C'est un honneur pour moi de faire partie de cette grande famille et je suis conscient de la chance que j'ai de pouvoir être formé pour cette fonction. Car «on est les meilleurs» grâce à cet entraînement et cette continuelle recherche de perfection. Cela devrait être le cas pour tous les circuits autour du globe mais malheureusement ça ne l'est pas."

Julien Fébreau a dit plusieurs fois que les commissaires de Monaco formaient également ceux qui viennent d’autres circuits tels que Singapour ou Abu Dhabi. Ça vous est déjà arrivé ?
"Je n'ai personnellement pas de commissaire étranger ou provenant d'un autre circuit sur mon poste mais je sais que certains commissaires venant notamment de Singapour faisaient le déplacement en principauté."

Est-ce que le fait d’être commissaire vous donne accès à certains privilèges tels que rencontrer le Prince Albert II ou même des pilotes ?
"Premièrement, être commissaire nous donne un accès à la piste qui est strictement interdite normalement (hors officiels). Pouvoir descendre sur la piste à la fin des courses pour pouvoir célébrer la victoire avec les pilotes est une expérience incroyable. Nous avons aussi accès à des endroits sécurisés comme le paddock ou la pitlane à certains moments du week-end. Avoir ces accès nous permet effectivement d'être au plus proche des voitures voire de rencontrer des pilotes ou célébrités. Un privilège assez spécial est aussi que s'il y a un accident à notre poste et que des morceaux de voiture ne sont pas réclamés par les écuries, nous avons « l'autorisation » de repartir avec à la maison. J'ai fièrement entreposé sur une étagère de ma chambre un morceau d'aileron avant de la voiture de Jack Hughes (F2), une ailette d'une Force India et un tout petit morceau de fond plat de Charles Leclerc. Ma meilleure anecdote concernant une rencontre avec un pilote s'est déroulé lors du stage de préparation en 2019 où Charles Leclerc est venu nous voir. Il m'a serré la main, a discuté quelques minutes et a même accepté de prendre une photo avec mon groupe, c'était vraiment très sympa de sa part."

Depuis quand et pourquoi êtes-vous un fan de Charles Leclerc ?
"J'ai découvert Charles lors d'un GP de Macao mais j'ai vraiment commencé à le suivre en GP3 car il était pilote de mon écurie favorite en petite catégorie : ART Grand Prix. J'ai été un peu déçu de ne pas le voir continuer l'aventure en F2 avec cette écurie mais comme tout le monde, il m'a impressionné lors de sa folle remontée lors du GP de Bahreïn et c'est à ce moment qu'il est devenu un de mes pilotes favoris. Son arrivée en F1 puis sa titularisation chez Ferrari m'ont définitivement fait devenir un grand fan."

Parlez-nous du ressenti dans les tribunes lorsque le public a découvert que Sainz avait heurté Perez en Q3 et lorsqu’il a compris la course était une nouvelle fois perdue pour Charles.
"Cet événement en qualification m'a fait beaucoup rire. Toutes les tribunes autour de moi ont lâché un cri de désespoir, j'ai jeté un coup d’œil à l'écran géant le plus proche et y ai vu une Ferrari encastrée dans une Red Bull. Ma première pensée a été «NON Charles est dans l'accident ! Comme en 2021 !». Puis d'un coup la tribune s'est levé en poussant des cris de joie. Ce n'était pas Charles qui était impliqué dans l'incident mais bien Carlos Sainz puisque Charles passait à fond devant eux. L'événement en course était beaucoup moins perceptible pour moi en bord de piste car l'ont doit être 100% focus sur notre poste surtout qu'avec les conditions météorologiques il fallait encore plus être vigilent. Il m'a fallu attendre de rentrer à la maison et de regarder la course en replay pour voir le désastre de ces arrêts aux stands."

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Photo : Gentside Sport

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