Exclu : interview avec Charles !

Dimanche dernier, nous étions sur le circuit de Brignoles pour assister à la deuxième course organisée par l'association Jules Bianchi.
A cette occasion, nous avons pu revoir la famille Leclerc. La vidéo de notre interview de Charles est visible sur notre chaîne YouTube ici :
https://youtu.be/maBoag2uhIE

Comme chaque année depuis maintenant 5 ans, Charles nous accorde gentiment une interview. Un grand merci à lui ainsi qu'à son manager Nicolas Todt.

CLF : D’abord, permet moi de te féliciter pour ta saison et pour ton titre. Ta saison a été incroyable !
CL : "Merci beaucoup"

CLF : Si on t’avait dit en début d’année que tu allais écraser le championnat comme tu as l’as fait, qu’est-ce que tu aurais dit ?
CL : "Je ne l'aurai pas cru parce que la Formule 2, ex GP2, c'est une catégorie très difficile pour un rookie. Les pneus Pirelli sont très difficiles à apprendre et plus on a d'expérience avec eux, mieux c'est. Il y a beaucoup de dégradation et il faut savoir trouver le juste milieu entre la performance et la dégradation pour être rapide tout au long d'une course. Après avoir beaucoup travaillé lors des essais hivernaux nous étions prêts en arrivant à notre première course. Nous savions que nous étions très rapides mais ce n'est qu'après le premier week-end que nous avons commencé à y croire. Par contre si on me l'avait dit avant les essais hivernaux, c'est clair que je n'y aurais pas cru."

CLF : Comment peux-tu expliquer l'énorme écart entre Fuoco et toi  alors que vous avez la même voiture ?
CL : "Je ne sais pas parce que je ne me suis concentré uniquement sur moi-même cette année. Il n'a pas eu beaucoup de chance en début de saison mais une fois encore, j'ai essayé de faire la meilleure saison possible de mon côté et heureusement elle a été très bonne."

CLF : Est-ce qu’il t’arrivait de lui donner tes propres réglages pour que ça aide l'équipe au championnat ?
CL : "Comme dans toutes les équipes, on commence toujours sur la même base de réglages et c'est seulement ensuite que le pilote les peaufine dans la direction qui lui convient le mieux. Nous n'avons jamais eu les mêmes réglages parce que nous avons deux styles de pilotage différents mais au bout du compte, ce ne sont que des ajustements très faibles et il n'y a pas d'énorme gain de performance entre les deux."

CLF : Tu es rentré dans l’histoire de la F2 en devenant le recordman du nombre de pole positions sur une saison. Quel est le secret ? Quelle est la préparation pour être aussi rapide sur un tour ?
CL : "Les qualifications ont toujours été un de mes moments préférés du week-end et ça s'est toujours très bien passé pour moi d'ailleurs.
Cette année j'avais aussi la voiture qui me permettait d'être le plus rapide. Il y a beaucoup de tours avec lesquels j'étais très satisfait mais je pense que c'est surtout grâce à la bonne combinaison entre la voiture et moi.

CLF : Pourtant les écarts étaient énormes. Parfois 7 dixièmes !
CL : "Ça dépend des pistes. Je pense que nous étions très rapides sur les circuits en ville par exemple mais la voiture m'a bien aidé."

CLF : Qu’est-ce qu’il te manque pour devenir encore meilleur ?
CL : "Un peu de tout et je pense que chaque pilote essaye de s'améliorer dans le plus de domaines possibles tout au long de sa carrière. C'est ce que j'essaye de faire du mieux possible. En Formule 1, l'expérience compte beaucoup. Je pense qu'il me manque donc de l'expérience mais j'ai tout à améliorer car il faut toujours continuer à travailler pour trouver le petit plus que les autres ne trouveront pas." 

CLF : La course 2 de Bahreïn a été exceptionnelle. On l’a regardée plusieurs fois. Comment l'as-tu vécue de l’intérieur ?
CL : "C'est une course assez spéciale car j'avais moi-même demandé à l'équipe de regarder si cette stratégie pouvait fonctionner. Sur le papier ce n'était pas non plus extraordinaire parce qu'on finissait un petit peu moins rapides que la stratégie sans l'arrêt. Finalement on l'a quand même tentée parce que j'étais en tête de la course après trois tours et qu'on est parvenu à se construire une assez bonne avance. On savait que j'aurais pu faire de très bons temps si j'avais une piste claire et c'est ce qu'il s'est passé.
On est reparti à la quatorzième place sans trop y croire au début. Je me suis concentré sur le travail à faire en piste et grâce à mes pneus beaucoup plus frais, j'ai repris 13 places en 7 tours. C'était assez incroyable parce qu'il me semble que j'avais 21 secondes de retard sur le leader en sortant des stands. C'était un beau challenge et à la fin on a réussi à faire marcher cette stratégie, c'était super. En dehors de mon ingénieur et moi, personne n'y croyait et ça nous a fait très plaisir d'être récompensés par la victoire."

CLF : Vettel et Räikkönen ne sont pas très bavards pour parler en bien des autres pilotes mais c'est ce qu'ils ont fait avec toi.
J'imagine que ça doit faire très plaisir ?
CL : "Oui, ça fait chaud au coeur de savoir que des pilotes comme Sebastien et Kimi parlent de moi en bien mais il faut que je garde les pieds sur terre, que je me concentre sur moi-même.
Comme je le dis souvent, l'important pour moi c'est d'être le meilleur pilote possible quand j'arriverai en F1 mais c'est un honneur d'entendre ça de ces deux très bons pilotes. Encore une fois, il faut rester les pieds sur terre et continuer à travailler."

CLF : Est-ce que tu peux nous dire quelles choses ils t'ont apprises par exemple ?
CL : "Je pense que le fait de rester dans les stands à côté d'un Kimi ou d'un Seb est très enrichissant pour moi. J'apprends énormément de choses notamment sur le feedback car je vois qu'ils font attention à plein de petites choses sur la voiture et ça me montre que tout les détails sont importants."

CLF : La question que tout le monde se pose c’est quand est-ce que ce sera officiel pour Sauber. Tu peux peut-être nous mettre sur la voie, à nous, tes plus grands supporters ? ;)
CL : "Non parce que pour le moment rien est fait. Ce n'est pas qu'il n'y a rien d'officiel, c'est qu'il n'y a rien de fait. Il y a toujours des discussions et Sauber doit faire son choix. Quand l'équipe l'aura fait elle nous tiendra au courant et j'espère que je serai choisi !"

CLF : On en parle quand même depuis des mois et des mois.
CL : "Oui mais chaque année il y a des rumeurs et il faut faire la nuance avec la réalité. Pour l'instant la réalité c'est qu'ils n'ont pas encore pris leur décision donc on attend et on verra."

CLF : Admettons que tu sois choisi, tu aurais une préférence entre Wehrlein, Giovinazzi et Ericsson ?
CL : "Ça m'est égal."

CLF : Quel est le numéro que tu choisirais ? Avant de me donner ta réponse, je te glisse une photo et tu me dis si j’ai raison.
CL : "Humm non ! (sourire) Je pense que je choisirai le numéro 16 parce que je suis tout simplement né le 16."

CLF : Après Mexico, tu disais que tu avais du mal à t’adapter à la voiture à cause de la différence sur la direction de Wehrlein et Ericsson. Tu peux nous expliquer ce problème ?
CL : "C'est juste qu'en F1, il y a un filtre entre les roues et le volant en plus de la direction assistée. Les ressentis sont complètement différents, le volant est beaucoup plus léger qu'en Formule 2 où il n'y a pas ce filtre ni de direction assistée. Le volant est vraiment plus dur et ça change beaucoup au niveau du ressenti dans la voiture et il faut un moment d'adaptation. Grâce aux deux jours d'essais pour Pirelli que j'ai pu faire avec Sauber, j'ai réussi à m’acclimater à ce genre de sensations dans la voiture et je pense que ça ira mieux à partir du Brésil."

CLF : Justement, tu as fais 200 tours. Comment ça s’est passé ?
CL : "Ça s'est très bien passé mais c'était très différent d'une séance d'essais libres 1 car on a beaucoup de pneus neufs. Ça nous a permis de pouvoir tester pas mal de choses et c'était vraiment bien mais d'un autre côté on ne peut pas toucher à la voiture car ce sont des essais réservés aux pneus. Mais au moins ça m'a permis de faire des kilomètres."

CLF : On parlait de la direction, tu as pu la changer par exemple ?
CL : "Non non, on a commencé les tests avec une direction et on est resté avec la même jusqu'à la fin mais j'ai quand même pu m'y adapter assez rapidement."

CLF : Est-ce qu’on te reverra dans la Sauber ou même dans la Ferrari pour les essais post saison à Abu Dhabi ?
CL : "Pour l'instant je vais faire les essais libres 1, ensuite on verra.
Bien sûr, ça dépendra du programme que j'ai l'an prochain mais pour l'instant je ne sais pas du tout."

CLF : Dernière question, dans une vidéo que tu as faite pour Prema, on voit rapidement ton petit frère Arthur qui s’essayait à la F4.
Est-ce qu'il se prépare aussi à un avenir en monoplace ?
CL : Oui je pense que c'est possible de le voir en F4 l'année prochaine.
Les deux premiers tests se sont très bien passés donc maintenant il faut qu'on trouve les sponsors pour financer la saison. Mais comme tout s'est vraiment très bien passé, j'espère que ça va le faire !"

CLF : Tu as une idée du championnat auquel il pourrait participer ?
France, Italie, Allemagne...
CL : "Ça dépend, on ne sait pas encore. On est en train de voir car c'est un gros budget, beaucoup d'argent donc il faut prendre la bonne décision sans se tromper. Pour l'instant on y réfléchi."

CLF : Merci beaucoup et bonne chance pour la suite !
CL : "Merci"