Interview avec Tim Malachard, le directeur marketing de Richard Mille

A l'occasion des "Dix Mille Tours", Richard Mille, son fils ainsi que Tim Malachard étaient présents sur le circuit Paul Ricard pour prendre un peu de bon temps en piste. Nous avons eu la chance de rencontrer Tim grâce à l'aimable accréditation de Julien Hergault. Un grand merci à lui !

Dans cette interview, nous allons vous faire découvrir la marque Richard Mille avant de parler des exploits de Charles et de son avenir.

(Lien vidéo de l'interview : https://youtu.be/x1oTMQP2ZH8)

CLF : Pourriez-vous expliquer au public, non-initié à l'horlogerie, ce qui différencie vos montres de celles de Tag Heuer ou Rolex ?
TM : "Avant tout, ce sont les volumes que l'on fabrique. Des marques comme Tag Heuer ou Breitling ont des productions de centaines de milliers de montres par an alors que nous, depuis 16 ans, nous avons produit en tout et pour tout 31.000 montres. Ce n'est vraiment rien par rapport à eux. C'est ce que fait une marque comme Audemar Piguet en une année. Cela est dû au fait que notre marque est jeune car elle n'a que 16 ans.
Au début, Richard Mille et son associé Dominique Guenat ont créé cette marque sur une base de montres très modernes, très contemporaines et des matériaux très difficiles à usiner. Aujourd'hui, toutes nos montres sont inspirées de la technologie de la Formule 1, de l'aérospatiale et nous avons une obsession de qualité et de technicité, tout en trouvant des matériaux qui durent dans le temps. Nous avons un carbone maison qui s'appelle le NTPT, nous faisons des montres en titane depuis la création de la marque, nous en faisons aussi en quartz mais aussi en or, cela dépend de la valeur des marchés. Le clou de la marque, c'est la technicité extrême."

CLF : Est-ce qu'il y a beaucoup de délais pour avoir une montre ?
TM : "Ça dépend des modèles. Il peut y avoir jusqu'à 6 mois voir plus selon les modèles. Nous vendons ce qui est disponible dans boutiques mais si une personne veut quelque chose en particulier, il se peut qu'elle attende quelques mois."

CLF : Combien de montres se vendent chaque années et quel est le prix moyen ?
TM : "Le prix moyen d'une de nos montres est d'environ 150.000€. On va de 50.000 à 2.000.000€ mais le cœur de gamme se vend autour de 100/110.000€. C'est l'une des plus chères en horlogerie mais nous les produisons en peu de quantité et le coût de production est très élevé."

CLF : "Actuellement, Romain Grosjean est porteur de l'une de vos montres en Formule 1. Est-ce que vous avez sollicité des pilotes comme Hamilton ou Vettel par exemple ?
TM : "Non car nous avons des partenariats avec des pilotes qui sont spécifiques comme Felipe Massa, depuis 11 ans, Romain Grosjean depuis 4 ou 5 ans, l'écurie McLaren avec qui nous sommes partenaires depuis début 2016, donc forcément grâce à eux, nous avons Fernando Alonso et Stoffel Vandoorne. Ça fait déjà 4 pilotes en Formule 1, ce qui est déjà pas mal et ensuite nous avons Sébastien Loeb, Sébastien Ogier, Simon Pagenaud et Charles Leclerc forcément. Nous avons McLaren et deux autres pilotes, ça nous va comme ça. En plus Hamilon roule pour Mercedes qui est en partenariat avec International Watch (IWC) donc chacun sa crèmerie."

CLF : Il est un petit peu "bling-bling" comme on dit ?
TM : "Oui c'est parce qu'il est jeune. On peut lui reprocher cette image-là mais en même temps il crée quelque chose dans la Formule 1 dans le sens où il a une personnalité. Il est un peu comme une rock-star donc on ne peut pas lui reprocher de dynamiser la Formule 1 qui est devenue un peu close depuis quelques années."

CLF : Est-ce qu'il y a certaines personnalités qui portent l'une de vos montres et si oui, avec qui rêveriez-vous de travailler ?
TM : "Oui bien sur ! On travaille déjà avec plusieurs personnes de rêve, je pense notamment à Rafael Nadal qui est un ami de la marque, Pharrell Williams, Jackie Chan, des personnes comme Silverster Stallone [...]"

CLF : Je crois avoir vu Jason Statham aussi.
TM : "Oui il porte aussi l'une de nos montres mais on a aussi beaucoup de personnes qui portent nos montres mais que ne sont pas des ambassadeurs pour autant. Beaucoup de footballeurs en ont par exemple mais nous n'avons de contrat avec aucun d'entre-eux. Nous faisons des partenariats avec des personnes qui peuvent porter nos montres dans les conditions de leur vie de sportif. Tennis, ski avec Alexis Pinturault, le golf aussi et à chaque fois, ils doivent porter des montres."

CLF : Actuellement c'est Rolex qui est le chronométreur officiel de la Formule 1. A quand votre tour ?
TM : "Je pense que le budget de Rolex en Formule 1 est assez considérable et je ne pense pas que ce soit d'une grande nécessité pour notre marque. Nous avons un partenariat avec McLaren qui porte sur 10 ans [...] en fait nous ne recherchons pas de visibilité pure et dure. Nous construisions des produits et notre partenariat avec McLaren nous a permis d'être en relation avec leur usine à Woking et d'avoir des échanges sur la technologie et les matériaux. En étant simplement chronométreur comme l'est actuellement Rolex nous ne permettrait pas d'avoir ces échanges."

CLF : Est-ce que vous pourriez être le sponsor titre du Grand Prix de France de Formule 1 ?
TM : "On ne pourrait pas l'être car c'est Rolex qui couvre tout. En fait quand Rolex arrive sur un circuit de Formule 1 et que nous sommes par exemple sponsor du circuit du Castellet, ils couvrent tout. C'est ce qu'il se passe à Abu Dhabi par exemple. Nous sommes partenaire du circuit, Richard Mille est écrit partout et quand l'heure du Grand Prix arrive, Rolex couvre tout. Après tout, c'est normal puisque Rolex paye des millions pour être chronométreur officiel de la Formule 1."

CLF : Oui, surtout que vous êtes concurrents.
TM : "Oui mais Rolex ce n'est pas vraiment un concurrent. Il fait un volume tellement impressionnant, c'est une marque très très solide et nous sommes vraiment tout petit par rapport à eux."

CLF : C'est comme dire qu'ils font 20 montres pendant que vous, vous n'en faites qu'une ?
TM : "Oui ou plutôt ils en font 2000 et nous n'en faisons qu'une on va dire ! (rires) Le ratio est vraiment énorme."

CLF : Pour en venir à Charles Leclerc, pouvez-vous nous raconter comment et quand s'est fait votre partenariat ?
TM : "Comme le regretté Jules l'a pris sous son aile et qu'on accompagnait Jules dans ses différents championnats avant son arrivée en Formule 1, un jour Charles recherchait un budget [...] parce que Charles vient d'une famille modeste, qui n'a pas beaucoup de moyens, la course automobile coûte très cher [...] et donc Charles a demandé à Jules de le présenter à son manager Nicolas Todt. Nicolas l'a également pris sous son aile, il nous en a parlé et nous avons aussi décidé de l'accompagner du kart jusqu'à ce qu'il fait aujourd'hui et puis on espère la Formule 1 pour l'année prochaine, c'est bien parti pour."

CLF : A quand une montre spéciale Charles Leclerc ?
TM : "Pas tout de suite. Je pense qu'on lui en fera une lorsqu'il sera plus connu, bien assis en Formule 1 comme on l'a fait avec Massa par exemple. Richard Mille avait signé avec lui en 2005 et à l'époque il était un pilote qui progressait mais je pense que c'est encore un peu trop tôt pour Charles."

CLF : De grosses rumeurs l'annoncent chez Sauber l'année prochaine. Est-ce que vous pourriez devenir le sponsor titre de l'écurie ou faire un partenariat avec eux ?
TM : "Le problème c'est que nous avons déjà McLaren et Haas car nous sommes aussi partenaire de Haas. On ne peut pas tout faire donc nous allons l'accompagner c'est sûr, je pense qu'il a de bonnes chances d'être chez Sauber grâce à Ferrari car ils sont support technique de l'écurie depuis des années. Je pense qu'ils vont mettre un peu de pression pour qu'il aille là-bas et on le souhaite aussi. C'est bien de faire ses armes chez une écurie qui est [...] même si on parle d'une équipe qui est en bas de tableau, milieu de tableau [...] c'est de là que tout le monde a commencé. Il ne faut pas oublier qu'un pilote comme Alonso a démarré chez Minardi et qu'aujourd'hui, c'est l'un des meilleurs pilotes au monde."

CLF : Quel regard portez-vous sur sa carrière ?
TM : "C'est un garçon très mûr, très jeune et qui a vraiment la tête sur les épaules. Nous avons beaucoup d'admiration pour lui. Il a quand même perdu son mentor dans des conditions affreuses et en même temps, il a eu une saison incroyable cette année. Il ne faut pas oublier qu'il a perdu son père aussi, c'était assez brutal mais il a vraiment cette volonté de réussir. On le voit à son casque d'ailleurs. Hommage à son père, hommage à Jules et d'être aussi jeune, aussi mature c'est aussi pour ça qu'il est très respecté par de grosses écuries mais aussi la Formule 1 en général. Il a un coup de volant extraordinaire, c'est un bon tacticien, il calcule tout, il connaît ses limites bref c'est un pilote extraordinaire qui est amené à faire de grandes choses."

CLF : Et ce n'est pas quelqu'un qui a la grosse tête surtout !
TM : "Non, exactement ! Nous on aime bien cet esprit-là car il a cette humilité qu'il faut avoir. Il sait qu'il fait un sport qui peut être dangereux même s'il n'y a plus de morts en Formule 1 depuis 25 ans. Malheureusement, il l'a touchée de très près avec l'accident de Jules mais c'est sa passion et il a envie de reussir."

CLF : Oui, il vit clairement pour ça.
TM : "Il vit pour ça, exactement. Il fait une année incroyable, il est champion alors que le championnat n'est même pas encore fini et il a même eu des pénalités qui n'étaient pas de sa faute. En plus, les essais qu'il fait avec Ferrari montrent qu'il est dans de bonnes conditions pour 2018."

CLF : Merci beaucoup et longue vie à Richard Mille !
TM : "De rien, merci" (rires)